On m’a demandé, il y a deux ans, de donner un coup de main à un couple d’amis qui voulait racheter un camping dans les Vosges. Trente-huit emplacements, une piscine chauffée, deux mobil-homes à rénover. Ils avaient déjà repéré l’affaire sur campings-en-vente.com, un site qui recense les annonces du secteur et suit les mouvements du marché. Je pensais qu’on allait passer une soirée à comparer des chiffres. On y a passé trois mois.
C’est là que j’ai compris un truc : l’hôtellerie de plein air, quand on la voit de l’extérieur, ressemble à un placement tranquille. De l’intérieur, c’est un métier de service avec des contraintes très concrètes, et une famille qui se lance doit d’abord se demander si elle veut vraiment vivre là, sur place, entre avril et septembre.
Le vrai critère, ce n’est pas le prix d’achat
Sur le marché des campings, les annonces affichent des prix très variables selon la région, la capacité d’accueil et l’état des installations. Un petit camping rural à quarante emplacements ne se vend pas comme un établissement de deux cents emplacements avec toboggan. Mais ce qui coule les repreneurs, presque toujours, c’est le besoin de trésorerie des premières saisons.
Mon amie avait fait le calcul : il fallait anticiper le remplacement de six mobil-homes, la réfection du bloc sanitaire et une nouvelle aire de jeux. Soit environ 180 000 euros sur trois ans, hors emprunt de reprise. Ce chiffre-là, aucun dossier de vente ne le donne spontanément.
Ma conviction, et elle est tranchée : un camping ne s’achète jamais sur un coup de cœur touristique. Le coup de cœur, on le garde pour le choix de la région. Le reste se lit dans les comptes.
Une clientèle familiale, ça se prépare
Les campings qui fonctionnent bien avec les familles ont un point commun : ils organisent la journée des enfants et celle des parents en même temps. Le club enfants le matin, la piscine l’après-midi, le repas partagé le soir. Rien de spectaculaire. Juste du rythme. Côté hébergement, voir les avantages de louer un chalet au camping.
Quand une famille reprend ce type d’établissement, elle part avec un avantage réel : elle sait ce qu’un parent attend, ce qui l’agace, ce qui le fait revenir l’année suivante. Elle sait aussi qu’un enfant qui s’ennuie gâche les vacances de tout le monde.
Il faut néanmoins accepter une chose. Vos propres vacances, pendant quelques années, se passeront dans votre camping, avec les mêmes horaires que les clients.
Reprise ou création : deux parcours très différents
Reprendre un fonds de commerce existant donne une clientèle, un historique de réservations et un réseau local. Créer un terrain de zéro, en zone rurale, demande des autorisations d’urbanisme longues et une trésorerie qui ne rapporte rien pendant deux ou trois saisons.
J’ai vu les deux cas. Le second est plus rare, plus risqué, et souvent porté par des gens qui possèdent déjà le terrain familial.
- Vérifier la durée restante du bail ou la pleine propriété du foncier
- Demander trois ans de réservations, pas un an
- Regarder l’état des réseaux, eau et électricité, avant de rêver à la piscine
- Parler aux maires, aux offices de tourisme, aux campings voisins
- Estimer le coût réel d’une mise aux normes d’accessibilité
Le foncier reste le point le plus délicat. Beaucoup de campings tournent sur un terrain loué à une commune ou à un propriétaire privé. Sur ce point, je me méfierais d’un bail à renouveler dans cinq ans quand on projette d’investir massivement.
Et le tourisme local, dans tout ça ?
Un camping familial ne vit pas seul. Il vit de ce qu’il y a autour : la rivière où l’on se baigne, le sentier qui monte au col, la ferme qui vend ses fromages le mardi. Les meilleurs repreneurs que j’ai croisés connaissaient leur vallée avant même d’avoir signé. Pour comparer les cadres, voir campings en bord de mer ou en pleine nature.
C’est aussi ce qui rend le métier passionnant. On ne vend pas une nuitée. On vend un point de départ pour des vacances.
Mon amie et son mari n’ont finalement pas acheté les Vosges. Ils ont trouvé, un an plus tard, un camping de soixante emplacements en Ardèche, avec un bail long et une piscine correcte. Le club enfants a ouvert dès la première saison. Ils ont eu 2 400 nuitées familiales en sept mois, et ils ont dormi chez eux, à côté, tout l’été.

